Composer pour Custodiae

Notre CD, qui sortira fin 2021, comportera quatorze chants polyphoniques. Ce sont des compositions originales, réalisées pour l’occasion. Bien sûr, la composition de chaque chant a une histoire différente, mais voici quelques explications sur ce processus.

À l’origine de chaque pièce, il y a un texte. Pas nécessairement le texte définitif du chant, mais une prière, une scène de l’Évangile ou la citation d’un saint d’où s’élève une certaine musicalité. Parfois, la mise en musique de ce texte est mystérieusement immédiate. Sans que je réfléchisse beaucoup, une ligne mélodique se dessine, ou parfois une ambiance, des harmonies. Si toutes les compositions de Custodiæ sont originales, j’ai écrit très peu de paroles, parce que justement, pour moi la musique vient du texte.

Le temps nécessaire pour composer un chant est très variable. Il m’arrive d’écrire une pièce en à peine quelques heures et pratiquement sans corrections. Dans ce cas, je rends grâce de voir l’Esprit Saint à l’œuvre, parce qu’il m’est impossible de croire que cela vienne d’ailleurs. Parfois, c’est un processus plus long, une suite d’échecs, de mélodies qui n’aboutissent pas, ou qui trahissent le texte. Dans ce cas, il s’agit de prendre patience, de se laisser conduire… et parfois de renoncer à mettre en musique tel texte pour un temps.

Certaines compositions sont relativement anciennes. Je les avais écrites il y a deux, trois ou quatre ans et les avais gardées pour moi, ou pour un petit comité. Elles ne me paraissaient pas terminées, ou à reprendre. Laisser du temps pour prendre de la hauteur, accepter de n’avoir pas tout de suite toutes les compétences ou toute l’inspiration nécessaires pour terminer sa partition est un exercice parfois difficile, mais nécessaire et très formateur. J’appelle cela laisser un chant en jachère. Il reste dans le disque dur de mon ordinateur à l’état de projet. Puis, un jour, je le redécouvre et il arrive que je le termine. C’est ainsi que certaines de mes toutes premières compositions se retrouveront, retravaillées, dans le CD de Custodiæ, parce qu’elles correspondaient au thème de l’album.

Enfin, il faut souligner que, dans notre chœur fondé sur l’amitié, la composition des chants est un travail commun, voire communautaire. Les compétences des uns et des autres sont mises en œuvre pour une relecture fine des partitions. D’abord sur le plan technique un comité de révision des partitions a été mis en place avec les membres du chœur les plus compétents et passionnés de théorie musicale pour éviter les erreurs de composition et les maladresses. Ensuite, sur le plan de l’interprétation, les répétitions ont été l’occasion de mettre la théorie à l’épreuve, et d’apporter un grand nombre de modifications. Ce qui semble bien sonner sur le papier peut être finalement difficile à chanter, ou de nouvelles idées peuvent surgir pour mieux façonner le chant à l’image de notre chœur et de notre projet.

Finalement, l’expérience de la composition est très riche. C’est une expérience de foi, puisqu’il faut se mettre à l’écoute de l’Esprit Saint. C’est aussi, évidemment, une démarche artistique, qui demande de la sensibilité pour entendre comment les textes sonnent et ce qu’ils dégagent. C’est un processus qui mobilise l’intelligence, les connaissances musicales et techniques. La plus belle surprise a été pour moi le tour communautaire qu’a pris cet exercice dans notre chœur. Chacun a pu participer à la création des différentes pièces pour qu’elles soient vraiment notre œuvre. J’ai hâte de vous faire découvrir le titre de notre album et son cheminement spirituel !

Paul Lebaillif

Compositeur et chef de chœur